Pascal Lamy et l'aveuglement libéral



Tribune
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Dans une tribune publiée par Libération le 20 septembre, le Directeur général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC), Pascal Lamy, a dit Urbi et Orbi la doctrine libérale concernant le commerce international agricole. Son éclairage montre un aveuglement à l'égard des enjeux liés à la production de l'alimentation de l'humanité.
Soucieux de nous épargner la peine de juger, et donc de penser, Pascal Lamy assène le dogme révélé. Ainsi, l'aménagement du commerce agricole international autour d'un principe de relocalisation des productions favoriserait les famines. Nulle trace dans l'analyse, d'une éthique de la production agricole ni même d'une éthique humaine du développement socialement et écologiquement durable.
Qu'apporte en effet le modèle commercial actuel ?
Une banalisation du produit agricole sur les marchés, principalement. Elle conduit à une paupérisation des agriculteurs européens comme américains, condamnés à survivre de soutiens publics colossaux. Et nous continuons d'attendre une amélioration réelle du sort des paysans des pays émergents. Au Nord, la déprise agricole s'intensifie. Au Sud les agriculteurs disparaissent chaque jour dans les allées saumâtres des bidonvilles géants des mégapoles de la misère.
Marion Guillou, PDG de l'INRA, le rappelle opportunément : "les pertes et les gaspillages représentent entre 30 et 50% de la production agricole mondiale". Dans ce contexte, écarter les rares entraves existantes ne garantira pas le monde des famines. 800 millions de personnes souffrent de la faim. La religion du commerce libéralisé ne saurait être la réponse à un tel problème.
Pris par ses fonctions, Pascal Lamy néglige toute réflexion sur les révisions nécessaires du modèle commercial agricole inique - dans lequel les plus forts s'en sortent toujours, et du concept de production agricole désormais obsolète. Cette position du missionnaire ne lui sied pas. Peut-il être favorable à ce qui génère un nouveau colonialisme assis sur l'arme alimentaire ?
Laisser les peuples maîtres de leurs modèles agraires est fondamental pour préserver la diversité des cultures, seule véritable source de richesse d'un monde qui doit fonder ses échanges sur la solidarité, pas sur la gouvernance "irresponsable et folle, comme dit Hubert Védrine, des marchés dérégulés".
Le cadre de l'OMC, tel que nous le connaissons, est parfaitement impropre pour instaurer cette nouvelle gouvernance alimentaire dont le monde a besoin. Assimilant l'alimentation aux autres productions il ignore toute la singularité de la nourriture des hommes. Dire que la souveraineté alimentaire des pays doit être cantonnée à une souveraineté de négociation au sein de l'OMC, c'est dire que les intérêts du marché irresponsable dépassent le droit des peuples à maîtriser leur alimentation. Doctrine folle de dépouillement du droit des hommes au profit du très matériel intérêt financier des vautours de la place de Chicago.
Il faut dès lors penser la mondialisation agricole autour de quelques principes fondamentaux.
La reconnaissance d'une "exception culturelle" agricole est de ceux-là. Instaurons des modes de régulation équitables dans le cadre des échanges commerciaux internationaux faisant place à l'intérêt social et environnemental. Pour la plupart des pays producteurs, il s'agit d'un enjeu vital portant sur l'autosuffisance alimentaire et la sécurité sanitaire, la protection de l'environnement et l'aménagement du territoire.
L'inscription dans la charte des Nations unies du droit des peuples à assurer la sécurité de leur approvisionnement alimentaire doit être promue. Le droit fondamental des peuples à se nourrir répond à un besoin vital et constitue une exigence supérieure à toute considération commerciale.
C'est pourquoi il est indispensable d'assurer une régulation mondiale des échanges de produits agricoles dans le cadre d'une OMC fortement rénovée, protégeant ces principes de souveraineté, évitant les accords bilatéraux, et prenant en compte toutes les dimensions essentielles de l'activité agricole et la mise en œuvre effective des différentes conventions environnementales. La présence sur les marchés mondiaux ne peut pas se faire à n'importe quel prix. Une gouvernance mondiale de l'agriculture coordonnée entre la FAO, l'OMC, le FMI et la Banque mondiale est indispensable pour parvenir à une meilleure régulation des marchés internationaux.
Nulle volonté, ici, d'isoler les producteurs au sein de marchés continentaux. M. Lamy devrait savoir que le commerce repose sur l'accord d'un vendeur et d'un acheteur. Si un acheteur ne veut pas d'un produit, de quel droit le forcerait-on à l'acquérir aux conditions du vendeur ? Par exemple, pourquoi accepter des produits fabriqués dans des conditions sanitaires que nous interdisons sur notre sol ? Aussi faut-il fonder les échanges sur un principe d'équilibre, suivant un objectif social et écologique visant à protéger les plus faibles aujourd'hui enfermés dans des monocultures dévastatrices. Les pays du Sud ont évidemment besoin d'assurer le développement de leur économie dont le développement agricole est souvent un préalable.
La relocalisation des productions est l'un des outils de progrès pour les Pays émergents par l'assurance que pourra leur accorder l'accession à l'autosuffisance alimentaire aidée par le développement des techniques agronomiques modernes. Accorder simplement les moyens techniques de la mécanisation, notamment aux paysans africains, serait déjà un pas énorme. Dès lors, nous devons garantir des protections "salvatrices" pour les échanges agricoles des pays émergents ; non par égoïsme de riches mais par esprit de solidarité mondiale. Aménagée, la notion de "facteurs légitimes" pourrait ainsi permettre à la diversité de vivre. Peut-être d'ailleurs faudrait-il y inclure le respect des règles sociales fixées par l'Organisation Internationale du Travail.
Nous serons ainsi légitimes à réclamer la fin des aides publiques à l'exportation qui artificialisent notre "capacité exportatrice" et perturbent les échanges mondiaux aux dépens des pays émergents.
Non M. Lamy, le stade actuel du libéralisme n'est pas la fin de l'histoire.
Germinal Peiro, député de la Dordogne, secrétaire national du Parti socialiste à la ruralité et à la mer


Source Le Monde.fr



Source www.germinalpeiro.net




1.Posté par Michel Castagnet le 16/11/2010 09:38
castagnet
La "... solidarité mondiale..." des populations, maîtresses de leurs terroirs et de leur production alimentaire au lieu du rouleau dévastateur de l'internationalisme financier, vaste programme comme eut dit le Général ! Cette dernière orientation, suivie avec une obstination butée, ne risquerait-elle pas de conduire à de gravissimes désordres, pour ne pas utiliser le mot terrifiant de guerre ? Nous devons initier, ici sur nos petits 550.000 km² une inversion des priorités ; j'allais dire "valeurs" mais le mot est trahi dans la mouvance boursière !



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