|
|
L’orientation et l’accompagnement des élèves
Dossier réforme du lycée - Partie 2
Par Cédric Brun,Secrétaire fédéral
Le projet de réforme s’appuie sur des constats que l’on ne peut que partager : (1) l’orientation qui prend place au lycée est trop brutale et définitive, (2) elle est trop élitiste et conduit à une hiérarchie des voies (générale, technique et professionnelle) et des séries (scientifiques, sciences économique et sociales, littéraires, techniques industrielles et tertiaires, professionnelles) qui se révèle dommageable pour ceux qui n’ont pas la chance de suivre la « voie royale » de la série scientifique, (3) l’orientation est trop souvent subie et conduit à une reproduction sociale forte, limitant le rôle « d’ascenseur social » que la République a confié au système éducatif. (4) 50 000 élèves quittent le lycée sans le baccalauréat chaque année, 40 % des bacheliers ont redoublé au moins une fois au cours de leur scolarité et 50% des étudiants échouent lors de leur première année universitaire
Oui, oui, oui et re-oui, tout cela est vrai, et ce diagnostic est partagé par le parti socialiste depuis que la droite a commencé son travail de sape du système éducatif.
Les mesures proposées par Luc Chatel et annoncées par Nicolas Sarkozy visent à offrir tout d’abord un « droit à l’erreur » aux lycéens pour leur permettre de « corriger leurs trajectoires » en proposant des compléments de cours ou des « sas de remise à niveau » durant les vacances scolaires pour pouvoir rattraper son retard ou changer de série en cours d’année. Elles prévoient un accompagnement personnalisé de deux heures hebdomadaires, l’introduction de deux enseignements d’exploration en classe de seconde et d’un tronc commun en première accompagnés d’enseignements de spécialité pour pouvoir se déterminer pour une spécialisation disciplinaire en terminale. Le projet ajoute différentes « mesurettes » visant à accompagner l’élève dans son projet d’orientation (orientation active dès la première, plateforme numérique et centrale d’appel pour l’orientation, forum des métiers associant les parents d’élèves, inscription du temps d’orientation dans l’horaire de l’élève et « passeport orientation et formation ») mais qui existent d’ores et déjà sous une forme ou une autre (soit dans les projets d’établissements, soit tout simplement dans les textes mais sous une autre formulation). Enfin il s’agit de rénover les programmes, repenser l’organisation des séries et revaloriser la série littéraire en y introduisant de nouveaux enseignements (comme du droit par exemple).
On peut tout de suite remarquer que la hiérarchie des trajectoires d’orientation n’est guère touchée par ces projets et que le lycée professionnel a totalement disparu des textes présentés, laissant penser qu’il y a effectivement une différence entre les vrais lycées (généraux et techniques) et les autres… En termes de revalorisation de la voie professionnelle, on a vu mieux !
Notons également que la question de la place des mathématiques comme moyen essentiel de discrimination entre les lycéens dans leur parcours n’est pas du tout abordée, et que rien n’indique que la série scientifique sera repensée pour être réellement une voie de formation de futurs étudiants en sciences (ce qu’elle n’est pas pour le moment).
Comment peut-on condamner dans le même temps la reproduction sociale qui prend place au lycée et supprimer la carte scolaire qui constituait encore un (faible) rempart contre une homogénéité sociale des établissements ?
L’idée d’un accompagnement individuel de la seconde à la terminale répond à une demande des lycéens (de même que les compléments de cours permettant de changer de série) mais avec 1036h de cours en moyenne par année, les lycéens Français sont déjà très largement au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (environ 10%). Est-ce réellement une bonne idée d’ajouter encore des heures à des lycéens qui affirment par ailleurs se sentir sous la pression horaire permanente de leur emploi du temps scolaire ? Que penser enfin du vœu pieu formulé par le projet de « dégager en termes horaires des marges de manœuvre au sein de chaque établissement pour mieux répondre à la diversité des situations »… Comment fait-on lorsque l’emploi du temps des élèves est déjà rempli entre midi et deux heures ? Qui plus est, les heures de soutien ne seront au mieux que des prothèses. Cette promotion des dispositifs hors classe, présentés comme un outil d'égalité des chances parce que gratuits, font croire aux familles qu'ils sont nécessaires pour réussir et renforcent les dispositifs payants proposés dans le privé !
Dans le même esprit, les deux heures d’enseignements d’exploration proposées en seconde ne vont-elles pas se faire au détriment d’enseignements déjà existants. Si oui (ce qui semble inévitable) quels seront les arbitrages ?
De plus, peut-être l’orientation serait-elle moins brutale et moins subie si le nombre de conseillers d’orientation-psychologue était plus ajusté aux besoins des établissements. Leur nombre ne cesse de diminuer et de plus en plus souvent ce sont des enseignants sans formation spécifique à qui l’on confie la tâche d’assurer l’orientation active des élèves. Combien d’établissements sont dépourvus de conseillers d’orientation-psychologues ? Quelle est la formation actuelle des enseignants pour accompagner activement leurs élèves à l’orientation ?
Enfin et surtout, quels choix pédagogiques doivent être faits non seulement concernant les contenus, les volumes horaires, mais aussi les méthodes d’enseignement des différentes disciplines ? Comment peut-on affirmer réformer les lycées si l’on n’envisage pas de remettre clairement à plat la question de la formation pédagogique des enseignants sans faux-semblants et sans arrière-pensées comptables (par exemple : visant à créer un vivier de vacataires précarisés assurant les cours que les titulaires ne peuvent assumer faute de recrutements). Comment assurer un encadrement de qualité, enfin si le nombre d’enseignants continue à diminuer au rythme actuel (Alors même que le gouvernement maintient sa décision de supprimer 16.000 postes dans l’Education nationale en 2010) ?
Une vraie réforme du lycée devrait reposer la question de l’équilibre entre heures de cours et heures d’études (dirigées ou en autonomie), devrait poser franchement la question de la structure du baccalauréat, et de l’organisation des enseignements disciplinaires et de leurs objectifs. La seule lutte contre les inégalités efficace passe nécessairement par la différenciation pédagogique, par une adaptation aux élèves particuliers que l’enseignant a devant lui, il est alors nécessaire de reposer la question du rôle et de la formation des équipes pédagogiques au sein des lycées. Mais rien de tout cela n’est même évoqué par le ministère.
Le dossier Lycée , c' est aussi :
|
|