Il est des questions qui fondent le clivage politique entre la droite et la gauche. La conception du pouvoir et la manière dont on l’organise en font partie. Au Parti Socialiste, depuis 1982, nous considérons qu’un pouvoir centralisé n’est pas obligatoirement un pouvoir efficace et utile. C’est une des leçons que nous avons tiré de l’expérience soviétique : tout pouvoir sans contrôle citoyen peut dégénérer, fût-il fondé sur des principes généreux en apparence. Notre décentralisation n’était donc pas qu’une décision technique visant le fonctionnement de l’administration, elle était un renouveau idéologique de la gauche, qui se débarrassait de sa fascination séculaire pour un Etat centralisé et tutélaire. La décentralisation des institutions était le produit d’une orientation qui faisait de la démocratie son socle politique : des élus nombreux, des élus représentatifs et des élus oeuvrant dans la société sous le regard de leurs mandants. Depuis 25 ans, la décentralisation marque des points : les missions s’élargissent continuellement (social, logement, réseaux…) et les trois quarts des travaux publics sont le fait de décisions locales. Quant à la participation aux élections locales, elle tient le choc malgré la désaffection citoyenne généralisée. Les élites locales alternent et ne sont pas des « féodalités » comme le prouve le vaste mouvement de changement politique dans les régions et les départements depuis les années 90. Tout porte à croire qu’un lien constructif et adulte s’est instauré entre le peuple français et la démocratie locale. C’est cette réussite que le Président de la République a décidé de casser. D’abord en rendant l’élu invisible : c’est par exemple le « conseiller territorial » qui ne sera plus cantonal, ni départemental, ni régional mais un peu de tout cela. Ensuite en rendant l’élu impuissant : c’est la réforme de la fiscalité locale qui fera des régions et des départements des organisations dépourvues d’initiative, puisqu’elle n’auront plus le pouvoir matériel de lever l’impôt, faute de bases fiscales. Les projets en cours prévoient en effet la diminution drastique de la part des recettes fiscales dans les recettes totales. Enfin en rendant l’élu suspect : c’est la rhétorique inquiétante du « trop d’élus », « trop coûteux », « trop dépensiers », manquants de discernement dans ses décisions, dans le droit fil de vieux réflexes étato-élitistes.