2009, année de la recentralisation du pouvoir ?

par Bernard CAZEAU , Sénateur de la Dordogne, Président du Conseil général




2009, année de la recentralisation du pouvoir ?
Il est des questions qui fondent le clivage politique entre la droite et la gauche. La conception du pouvoir et la manière dont on l’organise en font partie. Au Parti Socialiste, depuis 1982, nous considérons qu’un pouvoir centralisé n’est pas obligatoirement un pouvoir efficace et utile. C’est une des leçons que nous avons tiré de l’expérience soviétique : tout pouvoir sans contrôle citoyen peut dégénérer, fût-il fondé sur des principes généreux en apparence. Notre décentralisation n’était donc pas qu’une décision technique visant le fonctionnement de l’administration, elle était un renouveau idéologique de la gauche, qui se débarrassait de sa fascination séculaire pour un Etat centralisé et tutélaire. La décentralisation des institutions était le produit d’une orientation qui faisait de la démocratie son socle politique : des élus nombreux, des élus représentatifs et des élus oeuvrant dans la société sous le regard de leurs mandants. Depuis 25 ans, la décentralisation marque des points : les missions s’élargissent continuellement (social, logement, réseaux…) et les trois quarts des travaux publics sont le fait de décisions locales. Quant à la participation aux élections locales, elle tient le choc malgré la désaffection citoyenne généralisée. Les élites locales alternent et ne sont pas des « féodalités » comme le prouve le vaste mouvement de changement politique dans les régions et les départements depuis les années 90. Tout porte à croire qu’un lien constructif et adulte s’est instauré entre le peuple français et la démocratie locale. C’est cette réussite que le Président de la République a décidé de casser. D’abord en rendant l’élu invisible : c’est par exemple le « conseiller territorial » qui ne sera plus cantonal, ni départemental, ni régional mais un peu de tout cela. Ensuite en rendant l’élu impuissant : c’est la réforme de la fiscalité locale qui fera des régions et des départements des organisations dépourvues d’initiative, puisqu’elle n’auront plus le pouvoir matériel de lever l’impôt, faute de bases fiscales. Les projets en cours prévoient en effet la diminution drastique de la part des recettes fiscales dans les recettes totales. Enfin en rendant l’élu suspect : c’est la rhétorique inquiétante du « trop d’élus », « trop coûteux », « trop dépensiers », manquants de discernement dans ses décisions, dans le droit fil de vieux réflexes étato-élitistes.

2009, année de la recentralisation du pouvoir ?
Nous attendions la promotion du principe de la décentralisation, nous assistons à son dénigrement, mais ne nous trompons pas, elle n’est que la victime collatérale d’un dessein plus sordide. Pour l’Elysée, il faut remettre la main sur les 200 milliards d’€ de budgets locaux qui sont essentiellement gérés par des élus de gauche. Il est insupportable à notre Président de ne pouvoir inaugurer seul toutes les universités, tous les musées, toutes les infrastructures de transport, ou tous les pôles économiques de dimension nationale. La soif de pouvoir ne s’étanche pas facilement… Pour la direction de l’UMP, il faut prendre la revanche de la double humiliation de 2004 et de 2008, et pour cela éradiquer les contre-pouvoirs en boutant la gauche hors des territoires, ce qui passe par un nouveau mode de scrutin, mortifère pour une gauche pluraliste telle qu’elle existe en France : une proportionnelle à un seul tour avec prime majoritaire. La reprise en main s’annonce violente. Les arguments voleront bas. Apprêtons-nous, décentralisateurs de tous horizons, à un combat rude mais indispensable dans l’intérêt du pays, au nom de ce que nous sommes.




1.Posté par Marc24 le 14/09/2009 08:49
Marc24
La Droite agit sur plusieurs fronts à la fois pour casser l'esprit de la décentralisation qu'avait lancé Gaston Deferre au tout début du premier septennat de François Mitterrand.

D'abord, on transfère de plus en plus de compétences aux Régions et aux Départemants. Lycées, Routes, Social, etc. Sans en donner les moyens financiers. Tactique de l'étouffement. Un langage qui consiste à dire "vous voulez des compétences? Vous en voilà!". Sauf qu'on oublie volontairement de donner les ressources nécessaires.

Ensuite, on casse l'autonomie financière avec l'amoindrissement de la capacité des collectivités territoriales à lever l'impôt. Le langage est clair "Vous voulez de l'argent? Demadez-le moi!"

Enfin, l'atteinte à la représentation démocratique des populations à travers leurs élus. La Droite dit "Vous, à gauche, vous décidez sur le terrain depuis 2004. Nous avons besoin de plus de relais pour assoir notre autorité. Nous vous supprimons des élus. Comme cela les sortants vont se battre entre eux et nous... nous ramasserons le jack pot!".

Rien n'est innocent dans les actions de la Droite. Un tableau de maître pointilliste. Petites touches par ci par là et au final un bel Etat centralisateur où un Président de la République deviendra un Monarque républicain.

La campagne des régionales sera dure, très dure. Retroussons nos manches pour continuer la belle oeuvre entreprise il y a un quart de siècle!


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